Sur le chantier, la journée commence avant le lever du soleil. Mik, Philippe et Carl sont surintendants chez A+, trois personnes de terrain qui gèrent des projets, des équipes, des imprévus, et des décisions qui n’attendent pas. Derrière chaque projet livré, il y a des centaines de détails que personne ne voit : les plans qu’on questionne, les sous-traitants qu’on relance, les problèmes qu’on règle avant même que le client en entende parler. C’est ça, leur quotidien. On leur a posé 10 questions, les mêmes pour les trois. Pas de mise en scène, pas de réponses préparées. Juste leur vision du métier, telle qu’elle est.
〉Ta journée commence à quelle heure et elle finit quand ?
P : Lever à 3h40, sur le chantier à 5h30. Ma journée se termine avec l’équipe vers 13h45, mais elle est loin d’être finie : rapport journalier à 14h, achats pour le chantier sur le chemin du retour. Les réunions de bureau, elles, se tiennent après ces heures-là. Les rencontres chantier, tôt le matin entre 6h et 8h.
M : 5h45,6h du matin, parfois 4h quand les restrictions de bruit l’exigent. Je finis avant 15h30, sauf les mardis ou quand les réunions s’étirent. Je donne les tâches au chef d’équipe la veille , les matins commencent par les courriels, et le reste de la journée se passe à superviser, coordonner les outils et les matériaux, et réviser les plans.
C : Officiellement 5h30 à 15h , mais honnêtement, la porte n’est jamais vraiment fermée. Un texto en soirée, une réflexion sur les prochaines semaines, et la journée se prolonge dans ma tête bien après.
〉C’est quoi la chose que tu fais tous les jours et que personne ne voit jamais ?
P : M’assurer que tous les intervenants , sous-traitants et équipe A+ , communiquent et restent focussés sur le même objectif. La coordination invisible qui fait tenir le tout ensemble.
M : Le dérisquage. Questionner chaque point des plans, attraper les erreurs avant qu’elles coûtent cher. Tout le monde voit le résultat propre , personne ne voit les dizaines de problèmes évités en amont.
C : Les P3S. Un tableau que les gens voient seulement en résultat, mais derrière : des dizaines d’appels pour confirmer tout le monde aux bonnes dates, et plusieurs heures de réflexion pour s’assurer que personne ne manque au mauvais moment.
〉La partie la plus rough de ton travail en ce moment, c’est quoi ?
P : Quand les sous-traitants ne respectent pas les plans à cause d’éléments surprises et qu’il faut trouver des solutions on the spot pour créer une situation gagnante pour tout le monde.
M : Le stress et les heures. Des fois, l’impression d’être le seul responsable de respecter les échéances , même quand c’est un travail d’équipe.
C : La gestion des locataires de nos projets immobiliers. Effectuer des travaux en même temps qu’il y a des anciens et des nouveaux locataires sur place, sans déplaire à personne et en assurant la sécurité de tous , ça amène son lot de complications au quotidien.
〉Raconte-moi un imprévu récent qui a tout fait basculer. Comment t’as rattrapé ça ?
P : Un incident entre sous-traitants suite à un changement d’équipe en plein milieu du projet. Des rencontres avec les représentants RSS de chaque partie, une redéfinition des objectifs, et le retrait des personnes qui causaient problème.
M : Difficile d’en nommer un seul , ça arrive presque chaque jour. C’est la réalité du chantier.
C : Lors d’une excavation sur un de nos projets, on a frappé du roc. Travaux arrêtés, équipe réunie, brainstorm improvisé. On a revu le plan de match en pensant en dehors de la boîte , et on a livré sans exploser le budget.
〉C’est quoi la différence entre travailler en design-build versus un projet traditionnel, de ton point de vue sur le terrain ?
P : La capacité de faire la différence rapidement. Je peux vraiment mettre mon empreinte sur la structure, la coordination et le résultat final.
M : Plus de flexibilité dans les décisions , et surtout, la vitesse à laquelle elles se prennent. Plus de contrôle sur les méthodes de construction et les matériaux.
C : Je n’ai pas encore fait de design-build , une perspective à venir, j’ai hâte d’explorer ça!
〉C’est quoi ton meilleur moment de journée, le moment où t’es dans ton élément ?
P : Les prises de décisions rapides et les suivis serrés. C’est là que je sens concrètement mon impact sur le projet.
M : Après le dîner, quand les distractions s’estompent et que je peux vraiment réfléchir. Et parfois très tôt le matin, avant même d’arriver sur le chantier.
C : Sur le terrain avec les travailleurs, à trouver des solutions à des situations complexes. Faire les plans de match avec mon équipe , c’est là que je suis dans mon élément.
〉T’as une anecdote de chantier qui te fait encore sourire, ou un projet dont t’es particulièrement fier ?
P : Wizard, Fitzrovia, et la reprise en main de la clinique Westmount. Des projets où j’ai dû redresser la barre , et où j’ai senti que nous avons réussi.
M : Les studios de son chez Invoke. Le client nous a invités à regarder un film avec le son Dolby. C’était le résultat de ne pas juste construire un espace , mais vraiment de vivre ce qu’on a créé.
C : La clinique CAMI à l’Hôpital Charles-Lemoyne : une vingtaine de bureaux de médecins et d’infirmières, une grande salle d’attente, beaucoup de coordination. Livré à temps, résultat impeccable. Un projet dont je suis encore fier.
〉Comment tu gères un sous-traitant qui ne livre pas , concrètement, qu’est-ce que tu fais ?
P : D’abord j’établis un rapport de collaboration. Si rien ne change : un courriel formel avec les tâches en souffrance, de nouvelles dates imposées, et les chargés de projet des deux côtés en copie.
M : Je pose des limites fermes et je lui fais comprendre que c’est inacceptable. Pas de place pour l’ambiguïté.
C : D’abord la diplomatie. Ensuite, si ça ne suffit pas, l’acharnement , plus tu es constant dans tes demandes, plus le sous-traitant voudra livrer juste pour avoir la paix. En dernier recours, trouver son point de levier. Mais habituellement, on règle ça sans chicane.
〉Qu’est-ce que ce métier t’a appris que t’aurais pas appris ailleurs ?
P : Que la valeur de mes actions et la rigueur de ma discipline ont une vraie reconnaissance , et je crédite l’équipe de direction d’A+ pour ça.
M : La gestion du stress et la résolution de problèmes. Des compétences qu’on n’apprend pas dans un livre.
C : À me débrouiller par moi-même. Même dans un travail d’équipe, on est souvent seul dans son monde. Et le sens de la repartie : se faire challenger par d’autres, et savoir trouver la bonne réponse rapidement pour ne pas avoir l’air fou.
〉Si tu devais expliquer à quelqu’un pourquoi tu te lèves encore le matin pour aller sur le chantier, tu lui dirais quoi ?
P : Je me considère privilégié. Mes actions nourrissent et comblent les besoins de ma famille, dans un métier et une compagnie d’exception.
M : C’est rough, mais c’est gratifiant. Voir le résultat final et la réaction des gens , il n’y a pas grand-chose d’autre qui ressemble à ça.
C : Le challenge. Pas une journée sans défi. Les journées filent à toute vitesse, il faut se surpasser , et c’est ça qui est plaisant. Et les gens qui t’entourent : chez A+, j’ai trouvé une équipe avec qui c’est facile de travailler.
Trois parcours différents, trois façons d’aborder le métier , mais le même fil conducteur : une fierté tranquille du travail bien fait, et l’envie de recommencer le lendemain matin avant que la ville se réveille. Chez A+, c’est ça qu’on appelle avoir les bonnes personnes sur le terrain.










